Voici L'histoire succeinte du groupe telle qu'elle est racontée
dans le livre édité par les éditions "La Mascara".
La légende raconte que Kurt Donald Cobain a voulu devenir une rock-star
après avoir vu pour la première fois les Beatles à la
télévision, quand il était en fait. Il est né
à Aberdeen (Washington) le 20 février 1967 et, comme il s'en
souviendra par la suite, il a passé la plus grande partie de son adolescence
enfermé dans sa chambre à jouer et à écouter sa
musique préférée, haïssant le reste du monde. Son
goût pour la peinture et le théâtre, son caractère
introverti et taciturne, ainsi qu'une santé délicate, donnaient
de lui l'image d'un jeune souffreteur et fragile ; cela ne facilitait pas
vraiment son intégration dans une localité rude, spécialisée
dans le bois comme Aberdeen, peuplée d'hommes robustes, machistes,
violents et enclins à mépriser tout ceux qui, comme Cobain,
ne rentraient pas dans leur moule. Particulièrement s'ils dédaignaient
les attraits indéniables d'un bon spectacle de sport, une discussion
animée sur leur rude journée de labeur ou le sexe, devant un
bock de bière, voire une bonne bagarre devant la porte d'une taverne.
Cobain a expliqué que "les gens de cette ville ne sont pas très
dynamiques, ils n'ont envie de rien faire. L'ambiance est à la dépression
et à l'alcoolisme."
Il n'avait pourtant pas toujours été comme ça. Jusqu'à
l'âge de huit ans, son enfance fut heureuse, entourée de famille
et d'amis, mais un événement traumatisant vint détruire
son univers enfantin idyllique et innocent. Le divorce de ses parents, Donald
et Wendy Cobain, allait le marquer pour le restant de ses jours. "J'ai
eu honte, honte de mes parents. Je voulais désespérément
avoir une famille classique, typiques, avec un père et une mère.
J'avais besoin de cette sécurité", se souviendra plus tard
le chanteur. Cet événement ouvrit une longue série de
déceptions et d'échecs personnels, qui allait accroître
avec le temps. Les disputes étaient continuelles avec son père
qui, après s'être remarié, suggéra sans succès
à son filsde laisser tomber sa guitare et de se présenter à
un test pour rejoindre la marine. Il finit par mettre son fils à la
porte. "Pour lui, j'étais en train de gâcher ma vue alors
que moi, j'avais l'impression de luttre pour la réaliser". C'est
ainsi que la maison de sa mère, elle aussi remariée, celle de
certains de ses oncles, et même le pont d'Aberdeen Nord, devinrent ses
toits provisoires dans les années qui suivirent.
C'est pourtant durant cette période funeste de sa jeunesse que Kurt
commença à dessiner sa propre identité musicale, après
une étape initiale marquée par les groupes entendus sur les
radios commerciales. Il apprécie alors le hard-rock typiques des années
70 (Led Zeppelin, et tout particulièrement Black Sabbath), puis le
punk et le hardcore américain, grâce au chateur-guitariste de
Melvins, Buzz Osbourne, qui lui fait découvrir des groupes comme Butthole
Surfers, les Stooges et Black Flag. C'est justement un concert de ces derniers
qui change le cours de son existence et permet d'en arriver à la conclusion
qu'il ne pourrait jamais faire "d'autre musique que celle-là."
Osbourne est aussi celui qui attire Chris Anthony Novoselic dans les eaux
agitées du punk-rock et qui le présente à son ami Kurt
Cobain. Novoselic est né à Compton, en Californie, le 16 mai
1965, au sein d'une famille originaire de Croatie, qui avait émigré
en quête de l'incertain rêve américain. Le travail de son
père dans l'industrie du bois les mena à Aberdeen, où,
entre autres choses, l'enfant dut, lui aussi, assumer le divorce de ses parents.
La musique a été pour lui, comme pour Cobain, la véritable
bouée de sauvetage de ses frustrations d'adolescent, et le punk est
devenu un modèle de vie, qui apparemment offrait pour lui plus d'attraits
et de satisfactions que les salles de classes ou un ballon de football américain.
Quand Chris Novoselic (qui prendra en 1993 le nom de Krist) et Kurt Cobain
font connaissance, ce dernier a déjà fait partie de groupes
comme Brown Towel et, depuis la fin 1985, dirige une nouvelle formation baptisée
Fecal Matter, en compagnie du bassiste Dave Crover et du batteur Greg Hokanson.
Le trio a même enregistré une maquette et fait, à plusieurs
reprises, la première partie de Melvins. Mais la formation d'origine
ne dure pas plus de quelques mois. Cobain a déjà décidé
d'engager Novoselic et, après lui avoir envoyé plusieurs enregistrements
de son groupe, il obtient que le bassiste rejoigne Fecal Matter au mois de
novembre. Au cours de l'année suivante, le groupe passe par un certain
nombre de hauts et de bas liés principalement à la difficulté
de trouver un batteur qui s'adapte au tandem et ne déserte pas au moment
le plus inopportun. En avril 87, Chris et Kurt recrutent Aaron Burkhard et,
pour prendre leurs distances avec leur groupe précédent, se
baptisent Skid Row. C'est d'une certaine manière, le véritable
embryon de Nirvana. En effet, des morceaux comme "Floyd The Barber"
ou leur relecture de "Love Buzz" de Shocking Blue, qui figurant
dans le premier album du groupe, appartenaient déjà au repertoire
de Skid Row. Pourtant, leur nom ne tient pas vraiment la route. En quelques
mois, "Skid Row" devient "Ted Ed Fred", "Pen Cap
Chew" et "Windowpane". Jusqu'aun jour où Kurt a l'idée
d'un nom plus accrocheur et facile à prononcer, et c'est que le trio
devient "Nirvana". Burkhard les quitte peu de temps après
et Dale Crover vient le remplacer à la batterie. Ils donnent quelques
concert et, en janvier 1988, enregistrent la première maquette du groupe
dans les studios Reciprocal Recording de Jack Endino, le producteur attitré
du lable Sub Pop. Crover repart très vite, mais les musiciens commencent
à faire circuler leur cassette chez les principaux labels indépendants
du pays. Seuls les responsables de Sub Pop, en raison de l'intervention d'Endino,
s'intéressent à leurs chansons.
Le label de Seattle, créé en 1986 par Bruce Pavitt et Jonathan
Poneman, se charge de faire paraître en octobre 88 le premier single
de Nirvana, "Love Buzz", avec un tirage limité à seulement
mille exemplaires. Par ailleurs, la maison de disques s'enrichit d'une autre
chanson du groupe, "Spank Thru", qui figure dans une compilation
sous forme de triple album, Sub Pop 200, dans lequel on retrouve aussi des
noms comme Screaming Trees, Green River et Tad. En mai, quelques mois auparavant,
Chad Channing, ex-batteur de Fire Ant, était venu rejoindre le groupe.
Ils commencent à tourner dans les salles de spectacles de la scène
alternative de Seattle, où ils s'acquièrent en peu de temps
une excellente réputation.
En toute logique, l'étape suivante consiste à entrer de nouveau
en studios pour y enregistrer un premier album. A la fin de l'année,
Nirvana commence à travailler les chansons de ce disque et en un temps
records, trois jours seulement, ils enregistrent tout le répertoire
choisi dans les studios de Jack Endino. Même si les crédits figurant
sur le disque permettant de supposer que Kurt, Chris et Chad ont été
accompagnés durant les sessions d'enregistrement par Jason Everman,
on n'entend sa guitare dans aucun morceau du disque, car son entrée
dans le groupe ne sera effective qu'une fois le travail achevé. Pourtant
sa mention, à titre honorifique, est tout à fait justifiée,
car c'est Everman qui a apporté au groupe les 606 dollars nécessaires
aux frais d'enregistrement. Tout est donc prêt pour que Sub Pop accomplisse
la seconde phase du contrat et que Nirvana puisse réaliser son rêve,
la sortir d'un album. En juin 89, Bleach commence à être distribué
chez les disquaires et, à la fin du même mois, le groupe entreprend
une tournée aux Etats-Unis qui démarre à San Francisco.
En dépit de l'optimisme initial, la tournée s'achève
plus que prévu car, après un concert catastrophique au New Music
Seminar de New York, Jason Everman décide de quitter le groupe pour
rejoindre Soundgarden, en tant que bassiste cette fois. Les musiciens sont
donc obligés d'annuler les autres concerts prévus.
Heureusement, il n'y a pas que des mauvaises nouvelles. "Bleach"
sort en Grande-Bretagne au mois d'août et la presse spécialisée
l'accueille avec intérêt. "Comme beaucoup de groupes issus
de l'épicentre de Sub Pop, on peut difficilement les trouver innovateurs.
Pourtant, alors que la plus grande partie des Seattlelites de Sub Pop s'est
contentée de faire une exhumation tortueuse du rock antérieur,
Nirvana saccage le passé, en quête de sa propre personnalité",
remarque la revue Sounds. Peu après, le magazine "Rock de Lux"
parle de disque affirmant que Mudhoney et Nirvana sont déjà
"les plus grands représentants du son rude qui caractérise
Seattle aujourd'hui". La critique se termine par une description très
juste de la musique du groupe : "Un rock en béton armé
soutenu par des guitares monolithiques et une basse hallucinantes, sans les
fausses prises de position intellectuelle d'autres mouvements hardcore, le
tout enveloppant des textes qui traitent du thème éternel des
frustrations adolescentes."
A l'époque, les médias spécialisés du monde entier
tournent leurs regards vers Seattle, et on parle même des sonorités
spécifiques de Sub Pop, caractérisées par des formations
de styles aussi différents que Mudhoney, Tad, Beat Happening, The Walkabouts,
Soundgarden, et bien spur Nirvana. "Essentiellement, ils sont "the
real thing". Sans idéologie de rock-stars, sans prétentions
intellectuelles, sans un grand projet pour dominer le monde (...) Si Nirvana
ne faisait pas ça, ses musiciens seraient en train de travailler dans
une grande surface, dans l'industrie du bois ou dans un garage", écrit
Everett True dans le Melody Majer. Il n'est pas si loin de la vérité,
même si Kurt Cobain et Chris Novoselic ont depuis longtemps rejeté
l'idée de passer le restant de leurs jours selon le modèle typique
offert à la population mâle d'Aberdeen, c'est-à-dire "couper
des arbres, baiser et boire, parler de baise et boire encore..." Ils
veulent seulement enregistrer des disques, et avec une peu de chance, parcourir
le monde pour interpréter en concert leurs propres chansons.
La chance de jouer hors de leur frontières se présente deux
mois après la sortie de Bleach en Grande-Bretagne. Le 20 novembre,
ils entament à Newcastle leur première tournée européenne,
qui se termine le 3 décembre à l'Astoria Theatre de Londres,
dans un petit festival baptisé Lame Festival. Sont là aussi
Mudhoney et Tad, avec lequel ils ont déjà partagé la
scène pour quelques concerts durant leur tour. La grande nuit de la
"Rock city mania" comme l'appelle Sounds, remporte un grand succès
et, à en juger par les critiques de la revue, c'est Nirvana qui a eu
le plus grand impact sur le public : "Mudhoney peut bien avoir des pédales
superfuzz et bigmuff, mais Nirvana possède en revanche un effet complètement
personnel, le son flegmatique du megagrognement. Ils interprètent une
chanson et déjà la première ambulance pour guitares se
met en route..." Avant la fin de l'année, Nirvana sort Blew sur
le marché européen et, de retour aux Etats-Unis, le 30 décembre,
Chris Novoselic se marie avec sa fiancée, Shelli. Quatre mois plus
tard, ils font une nouvelle tournée dans leur pays qui s'achève
de façon désastreuse : le batteur sera expulsé du groupe
pour "différences religieuses", selon les termes employés
par Kurt Cobain. Mais surtout, les musiciens sont physiquement à bout
de forces et commencent à le payer. Une cure de détente et de
repos devient indispensable, mais Cobain s'y refuse. Le chanteur-guitariste
continue à composer et en juillet, avec la collaboration de Dan Peter
(batteur de Mudhoney), Nirvana enregistre le single Sliver. Accompagnés
cette fois de Dave Crover, ils partent pour une tournée d'été,
au cours de laquelle ils font la première partie de certains de Sonic
Youth. Sliver sort en septembre aux Etats-Unis et le groupe, accompagné
de Peters, prend part au festival de Seattle, qui a pour têtes d'affiche
Sonic Youth et Melvins.
En même temps, Kurt et Chris commencent déjà à
réfléchir à leur prochain album. Mais, avant de s'investir
complètement dans la gestation du disque, ils doivent impérativement
résoudre quelques problèmes cruciaux et s'interroger sur l'avenir
du groupe. "On était toujours à la croisée des chemins,
prêts à décoller, mais sans jamais le faire. On était
le grand espoir", expliquera par la suite Novoselic. Deux ans déjà
se sont écoulés depuis la sortie de leur premier single, et
ils sont fatigués de n'être qu'une éternelle promesse
qui, malgré une brillante réputation, ne parvient pas à
voir le bout du tunnel de la scène alternative. Pavitt et Poneman ont
réussi à ce que le "son Sub Pop" dépasse ses
frontières naturelles, c'est indéniable. Et ce mélange
de guitares abrasives avec une attitude authentiquement punk (ou, selon les
mot de Kurt Cobain ce "son originaire de Seattle, un mélange fou
des Stooges et de Black Flag") qui sera bientôt connu sous le nom
de "grunge", est sur le point d'exploser pour conquérir un
public moins marginal. Mais le prestige de leur label ne se reflète
pas en termes de ventes et l'assainissement indispensable de leur finances
tarde un peu trop.
Dans ces conditions, Cobain et Novoselic sont conscients que les infrastructures
limitées de Sub Pop sont insuffisantes pour que leurs disques atteignent
sans obstacles les marchés américains et européens. Une
promotion plus appropriée leur permettrait de gagner une audience plus
grande. En même temps, ils ne veulent pas renoncer à leur démarche,
ce qui leur pose de terribles problèmes de conscience. Pourtant, ils
pensent de plus en plus qu'il serait possible de ne pas renier leurs convictions
(ce que Cobain définit comme leur "éthique punk"),
même au sein d'une maison de disques multinationale. D'autre part, ils
se sentent à l'étroit dans les schémas stricts du punk
et du hardcore le plus immobiliste. Comme Sliver permettait de s'en douter,
Nirvana a envi d'enrichir sa musique avec quelques pincées de pop.
Depuis quelques temps, ils apprécient et assimilent avec beaucoup d'intérêts
les travaux de groupes comme Young Marble Giants, The Pastels et même
Abba. K Records (Shonen Knife et Beat Happening) est devenu le label préféré
de Cobain, à tel point qu'en 1991 il se fera tatouer leur logo sur
un bras. La possibilité que leurs chansons, sans avoir besoin de tomber
dans les pièges du marketing le plus insipide, puissent au moins les
aider à sortir de la galère économique, est trop attirante
pour la délaisser.
Un autre problème, toujours non résolu, est la stabilité
et l'homogénéité de leur formation, car ils subissent
constamment la désertion mal venue de leurs batteurs. Après
avoir envisagé plusieurs noms (la rumeur fait état de celui
de J. Mascis, le leader de Dinosaur Jr.) Buzz Osbourne leur suggère
de faire un essai avec Dave Eric Grohl, un garçon de Warren (Ohio),
né le 14 janvier 1969, qui a fait partie de Scream, groupe réputé
du circuit hardcore de Washington. Kurt et Chris connaissent déjà
ses grandes qualités de musicien, car ils ont eu l'occasion d'assister
à un concert de Scream à San Francisco. Ils ne se posent donc
pas plus de questions et lui proposent la place.
En octobre, Dave Grohl fait ses débuts en tant que batteur de Nirvana
au North Shore Surf Club de Seattle et, le même mois, il s'envole avec
ses nouveaux partenaires pour une tournée en Grande-Bretagne avec le
quator féminin L7. Le dernier concert de ce tour a lieu à l'Astoria
de Londres en compagnie de Goldflesh. Susan Corrigan publie une chronique
enthousiaste du spectacle dans le New Musical Express. "Nirvana sait
comment contrôler son énergie, pour provoquer un bruit ou un
grand fracas juste au bon moment. Leurs disques ne montrent pas à quel
point il sont bons. Kurt Cobain a la voix d'un jeune Paul Westerberg (The
Replacements) au meilleur de sa forme."
Quand le trio retourne à Seattle, après avoir conquis la presse
anglaise, sa décision de donner un brusque tournant à sa carrière
est bien mûrie. Le groupe se tourne alors vers la grande industrie discographique.
Pour les conseiller, ils engagent l'entreprise de management Gold Mountain
Entertainment, dirigée par John Silva et Barry Goldberg qui, curieusement,
est celle ayant introduit Sonic Youth dans le catalogue de DGC (label indépendant
appartenant à la multinationales Geffen). "Les compagnies indépendantes
peuvent t'étouffer avec leur petite infrastructure. Il n'y avait pas
d'avenir, c'est pour ça qu'on a cherché un major, on avait notre
claque de la mauvaise distribution de nos disques, on avait besoin de stabilité",
se justifiera Chris Novoselic. Ce moment est venu et Nirvana, assisté
de ses représentants, pénètre dans les bureaux de DGC
où, le 4 janvier 1991, les musiciens signent un contrat pour deux albums,
et reçoivent sur le champs une avance, non négligeable, de 287
000 dollars. Les responsables de Sub Pop, qui ne digèrent pas très
bien la nouvelle, vont eux aussi tirer un extraordinaire profit de la situation
: DGC les dédommagera de 75 000 dollars pour la perte du groupe, et
leur accordera un pourcentage sur les bénéfices du second disque
de Nirvana, dans le cas où ses ventes dépasseraient les 200
000 exemplaires. Evidemment, tout le monde est loin de se douter du succès
colossal qu'obtiendra le trio, ni que Bleach va devenir l'album le plus rentable
de la petite compagnie, puisqu'il se vendra à plus d'un million d'exemplaires
dans le monde entier.
Dès que le contrat est signé, Nirvana s'enferme dans les studio
Sound City de Los Angeles pour y enregistrer ses nouvelles chansons, avec
un budget de 135 000 dollars. C'est Butch Vig, dont le travail réalisé
avec Killdozer avait séduit Cobain et Novoselic, qui est choisi comme
responsable de production, au détriment de Don Dixon et de David Briggs,
recommandés par la maison de disques. Le groupe ne perd pas de temps
: l'enregistrement à peine terminé, il reprend la route pour
faire la première partie des concerts des Dinosaur Jr. sur la Côte
Ouest, puis retourne en Europe. Le principal rendez-vous a lieu le 23 août,
à l'ouverture du festival de Reading. L'affiche regroupe Sonic Youth,
Dinosaur Jr., Iggy Pop, Blur et Teenage Fanclub. Nirvana donne un concert
qui, au dire du magazine Ruta 66, est sans doute le plus marquant du festival.
"C'est l'un des groupes qui a le plus de fans, ce que l'on peut constater
en voyant la quantité de tee-shirts à son nom dans le public.
Ils se donnent à fond. Kurt Cobain se jette carrément dans la
foule du haut de la scène et continue à marteler sa guitare,
soutenu en l'air par les fans."
Le groupe profite de ces concerts pour présenter certains de ses nouveaux
morceaux, comme "Smells Like Teen Spirit" qui sort en octobre, en
avant-première de leur second album. Deux ans se sont écoulés
depuis la sortie de Bleach et les fans attendent avec impatience leur nouveau
disque. Enfin, le 23 septembre, DGC lance Nevermind, avec un tirage initial
de 40 000 exemplaires aux Etats-Unis et un peu moins de 10 000 en Grande-Bretagne.
Ces chiffres font plutôt rire aujourd'hui, mais à ce moment-là,
ni le groupe, ni la maison de disques, ne pouvaient imaginer que l'album allait
en moins de 4 mois détrôner dans les charts le "Dangerous"
de Michael Jackson aux recettes spectaculaires. Ils ne se doutaient pas non
plus qu'en 5 ans le disque se vendrait à plus de 10 millions d'exemplaires.
En effet, Nevermind est encensé par la presse spécialisée,
presque unanime dans le monde entier. Il a, bien sûr, quelques détracteurs,
qui au-delà de la musique, critiquent le groupe pour s'être fait
récupérer par une multinationale ou qui considèrent le
disque comme un mélange insipide de hard-rock et de punk truffé
de clins d’œils à la musique alternative la plus banale.
C'est le cas par exemple, du journaliste Juan Cervera, lorsqu'il écrit,
six mois après la sortie du disque, dans "Rock de Lux" :
"Un début lumineux... et le reste décevant. Les aspérités
de Bleach ont été bien convenablement limées et le regard
se tourne désormais vers les années 60, aec la mélodie
pour premier objectif. Mais les chansons ne prennent pas, et Nevermind s'enfonce
irrésistiblement dans l'ennui. Trop de clichés - un succédané
fonctionnel du meilleur rock alternatif de la décennie passée
- peu de risque, aucune transgression, à l'exception (bonne) de Lithium
et de Territorial Pissings, morceaux dans lesquels l'angst de Cobain apparaît
avec conviction et sans lourdeur. Le succès populaire est compréhensible
: les ballades (Polly, Somthing In The Way) auraient très bien pu figurer
dans "Use Your Illusion" de Guns N'Roses..."
Par contre, dans la même revue, Marc Mateu tient des propos diamétralement
opposés : "Nirvana, ce sont toujours trois types dégingandés
qui font une musique puissante, davantage orientée maintenant vers
les mélodies, mais sans pour cela être moins percutantes. Des
coups fumants comme "Smells Like Teen Spirit" n'ont rien à
voir avec la bouillie décaféinée qu'on vous sert sur
les radios AOR américaines (...) Nirvana aime les Beatles, REM, et
aussi le mordant du hard-rock des années 70. Cela donne un cocktail
à la fois puissant et réussi."
Plus concrètement encore, Lauren Spencer, dans la revue Spin définit
Nirvana comme "un mariage entre REM et Sonic Youth, avec The Germs comme
maîtresse."
Comme on peut le constater, il y en a pour tous les goûts, mais personne
ne peut contester que Nevermind a causé non seulement une agréable
surprise, mais aussi un petit (voire énorme) tremblement, ébranlant
les bases de l'industrie musicale et favorisant la rencontre du rock alternatif
avec le grand public, qui n'avait aucune idée de ce qui se passait
en dehors des programmes radio conventionnels. De plus, Nevermind est devenu
le credo pseudo-existentialiste de toute une génération, à
laquelle Kurt se rattache, et qu'il définit comme "apathique".
C'est aussi le manifeste rageur et dramatique d'un genre, le grunge, qui va
franchir les frontières sociales, une attitude, une mode et presque
une façon de vivre. Le titre de l'album, bien entendu, en donnait déjà
un début d'explication : "le disque s'appelle Nevermind (c'est-à-dire
"Peu importe") car la plupart des gens préfèrent s'en
foutre, ou simplement dire "peu importe", plutôt que de prendre
une bombe et taguer ou de monter un groupe. Les gens ont perdu l'habitude
de faire ce genre de trucs et ça me préoccupe. Ce serait si
simple de taguer une bonne fois pour toutes "Foutez Georges Bush en l'air".
Peu importe que ça n'ait aucun impact, mais au moins c'est une façon
de décompresser et en plus c'est marrant", disait Cobain.
La tournée de promotion de l'album débute aux Etats-Unis, continue
en Europe, passe même par le Japon et l'Australie, début 92.
L'ascension du groupe est irrésistible : sa présence dans les
principales émissions radio et télé est devenue incontournable,
le clip "Smells Like Teen Spirit" est diffusé tout le temps
sur MTV, et même les revues pour adolescents se font l'écho de
toutes les nouvelles relatives au groupe. Et, sans conteste, l'évènement
le plus marquant est le mariage de Kurt Cobain avec Courtney Love à
Waikiki (Hawai), le 24 février 92. Ils se sont connus huit mois auparavant
à Los Angeles et ont ensuite l'occasion de se rencontrer à plusieurs
reprises. Le divorce des parents de Love n'avait pas été qu'une
simple anecdote dans sa biographie plutôt touffue. Toute enfant, elle
a été mise dans des maisons de redressement pour avoir volé
des tee-shirts de Kiss dans un grand magasin. Plus tard, elle a travaillé
comme strip-teaseuse et, parmi sa collection d'aventures amoureuses, on trouve
la perte de sa virginité avec Michael Mooney (Psychedelic Furs), un
mariage éphémère avec James Moreland (Leaving Trains)
et une brève liaison avec Billy Corgan (Smashing Pumpkins). Sa carrière
artistique n'a pas été moins agitée : après avoir
fait partie quelques temps de Faith No More, elle a ensuite créé
Sugar Baby Doll avec Kat Bjelland (Babes In Toyland) et Jennifer Finch (L7).
Elle a même flirté avec le cinéma (bien avant "Larry
Flint", elle a fait une apparition dans "Sid And Nancy" - sans
toutefois obtenir le rôle de Nancy Spungen, qu'elle convoitait - et
a joué dans "Straight To Hell") avec l'excellent album "Pretty
On The Inside". Pas besoin de dire que la carrière de Hole commence
à décoller après le mariage de Courtney avec Kurt. Logique.
A partir de ce moment, le célèbre couple se voit soumis à
une persécution constante de la part des médias, qui attendra
les sommets d'une veulerie inconcevable dès l'annonce de la grossesse
de Love au mois d'avril. Les rumeurs faisant état de l'addiction des
deux musiciens à l'héroïne sont de plus en plus insistantes,
et le couple, surtout Kurt, décide de se replier dans sa propre intimité,
pour se protéger, tant que se peut, de l'attention permanente et du
harcèlement du public. Au moins d'août pourtant, le malaise et
la pression atteignent l'insoutenable. Le 8, à l'hôpital Cedars
Sinai de Los Angeles, Courtney Love accouche d'une petite fille qui reçoit
le nom de Frances Bean, en hommage à l'actrice Frances Farmer. Le journal
britannique à sensation "The Sun" affirme que l'enfant est
née avec un syndrome de manque et, le même mois, "Vanity
Fair" publie un long reportage dans lequel, selon la journaliste Lynn
Hirschberg, Love avoue avoir consommé des drogues avec son ami pendant
la grossesse. De plus, elle est photographiée, peu avant l'accouchement,
avec une cigarette à la main. Le même article affirme aussi que
Nirvana a été à deux doigts de la rupture en raison d'un
succès mal digéré et surtout, par des relations houleuses
de Courtney Love avec Dave Grohl et Chris Novoselic. Compte-tenu des déclarations
de Love, les services de la Protection de l'Enfance de Los Angeles entament
une recherche pour savoir si le couple est capable d'élever sa fille
dans de bonnes conditions. Finalement, Kurt Cobain craque, physiquement et
mentalement. La leader de Hole accuse Madonna d'avoir orchestré cette
campagne de presse en représailles pour avoir refusé de signer
avec son label Maverick. "L'article de Vanity Fair n'aurait pas existé
si je ne l'avais pas envoyée chier", accuse Courtney.. Un mois
après ce lamentable évènement, Kurt accorde une interview
à La Time dans lequel, entre autres, il reconnaît avoir abusé
d'héroïne. "J'ai pris différentes drogues, mais je
n'ai rien à en dire de bien. C'est une perte de temps totale. On a
des tas de jeunes fans et je ne veux surtout pas être accusé
d'inciter à la consommation de drogue (...) Tu ne peux pas savoir à
quel point mon attitude à changé depuis la naissance de Frances.
Tenir un bébé dans ses bras est la meilleure drogue du monde.
Je ne veux pas que ma fille grandisse entourée de gens qui lui disent
que ses parents étaient des junkies."
Pendant ce temps, la nirvanamania va crescendo et génère des
bénéfices considérables. Tout le monde veut sa part du
gâteau, même sans y avoir droit. C'est ainsi, par exemple, que
les anglais Patrick Campbell-Lyons et Alex Spyropoulos intentent un procès
au groupe, alléguant une appropriation frauduleuse du nom artistique
Nirvana qu'ils utilisent depuis 1968. Le juge chargé de l'affaire admet
ce fait, mais n'oblige pas pour autant les Américains à changer
de nom ni, encore moins, à payer des dommages et intérêts
à ces plaideurs opportunistes et intéressés.
Malgré l'ambiance étouffante dans laquelle vit le groupe, les
concerts se succèdent durant tout l'été. Des rumeurs
courent sur éventuel forfait de Nirvana pour le Festival de Reading,
dont ils sont tête d'affiche de la journée de clôture,
le 30 août, achevant l'exténuante tournée de Nevermind.
Pourtant, à l'heure dite, Kurt, Dave et Chris dont irruption sur la
scène, à la suite de groupes comme Nick Cave and the Bad Seeds,
Melvins, Teenage Fanclub et Smashing Pumpkins, et donnent un spectacle plutôt
irrégulier pour clore cette manifestation ayant réuni plus de
50 000 spectateurs. "Kurt Cobain est arrivé sur scène dans
une chaise roulante poussée par Chris Novoselic. Il portait une gabardine
et une perruque blonde. Il a fixé le micro et s'est mis à ironiser
sur tous les racontars dans le groupe fait l'objet. Si on se souvient que
dans le passé ils avaient été colossaux à Reading,
ils étaient plus qu'attendus. Mais ils ont déçu. Ils
ont été froids, sans la spontanéité d'autrefois.
Tout paraissait prévu et répété jusqu'à
satiété, même la destruction de leurs instruments à
la fin", relate Antoni Badia dans Ruta 66. Il est évident qu'après
quelques mois si agités, les musiciens sont à bout de souffle
et ont besoin de mettre leur carrière entre parenthèses pendant
quelques temps pour reprendre des forces et de l'enthousiasme. Ainsi, après
avoir participé, le 9 novembre, à la cérémonie
des MTV Awards, où ils reçoivent les prix du Meilleur clip alternatif
et du Meilleur clip dans la catégorie espoirs pour "Smells Like
Teen Spirit", ils décident de remettre à plus tard l'enregistrement
de leur nouvel album.
Pour éviter que l'intérêt des fans pour le groupe ne
s'amenuise (et en même temps continuer à exploiter cette poule
aux oeufs d'or de la basse-cour alternative), DGC fait paraître, fin
92, un disque de raretés, Incesticide, que la presse interprète
comme une déplorable concession aux intérêts de la multinationale.
Heureusement, le groupe ne tarde pas à retourner en studios. Ils annoncent
que le disque aura des sonorités plus crues, plus sauvages et moins
peaufinées que Nevermind et, pour ce faire, engagent Steve Albini,
séduits par le travail que ce musicien et producteur a accompli avec
Pixies et The Breeders. Les sessions se passent assez rapidement et sans problèmes.
En effet, durant la fin des enregistrements, il reste assez de temps à
Kurt pour produire le nouvel album de Melvins, Houdini, et collaborer avec
le mythique écrivain William S. Burroughs à la conception du
single "The Priest They Called Him". Par ailleurs, Nirvana participe
à un festival donné au Cow Palace de San Francisco destiné
à collecter des fonds pour les victimes de la guerre en Bosnie.
Le concert suivant a lieu fin juillet, dans le cadre du New Music Seminar
de New York. Avec le concours d'un guitariste d'accompagnement, Big John Duncan,
ex-Exploited, Nirvana interprète quelques chansons de son nouvel album,
qui après avoir écarté des titres comme "I Hate
Myself And Want To Die" ou "Versus Chorus Versus", s'appellera
finalement "In Utero". Au mois d'août, le groupe entreprend
une vaste tournée aux Etats-Unis avec Pat Smear, qui avait déjà
fait du l'influent groupe hardcore The Germs, en tant que secondes guitare,
et la violoncelliste Lori Goldston. Après une longue attente, le 13
septembre paraît "In Utero".
Comme le groupe l'avait laissé entendre, il s'agit d'un album rageur,
âpre et difficile à assimiler pour ceux qui attendaient une suite
de Nevermind. "C'est ce qu'on pourrait appeler un authentique disque
de grunge. Il est sale. Mais, pour lui rendre justice, il fait dore que chaque
chanson a sa propre personnalité, chaque morceau est traité
comme une entité isolée. J'insiste, je crois que le mot que
le définit le mieux est "grunge"... Quand on a fait Bleach,
personne n'employait ce nom, ça signifie quelque chose comme de la
crasse accumulée sur un rideau de douche. Maintenant, ce mot fait partie
de notre vocabulaire, il faut vivre avec", déclare Novoselic.
La polémique qui accompagne la sortie d'In Utero - Albini déclare
que le disque est un "suicide commercial" et que son style ne plaît
pas du tout aux responsables de DGC et de Gold Entertainment - joue pourtant
en faveur du groupe. Pas sur le plan commercial (les ventes sont considérablement
inférieures à celles de Nevermind), mais cela contribue à
renouveler le prestige du groupe dans les cercles spécialisés.
In Utero n'est pas, en effet, un album complaisant ni même aimable,
et sans doute pour ces raisons, la presse le traite avec une certaine bienveillance,
ce qu'a priori on n'attendait pas. "Ceux qui ont dansé sur Nevermind
devront aller voir ailleurs. Ceux qui connaissaient Nirvana se rendront compte
que le groupe peut encore fabriquer des pilules difficiles à avaler.
In Utero est un très bon disque, sincère et brutal, mais condamné
aux ténèbres" écrit Rafa Cervera dans Ruta 66.
Alors que tout paraissait indiquer que le groupe avait pratiquement solutionné
les différents qui le séparaient des détracteurs (qui,
injustement, ne lui pardonnaient toujours pas sa désertion de la scène
indépendante), Nirvana accepte de réaliser une session acoustique
pour MTV, dans les studios Sony de New York. Cette décision irrite
les détracteurs et beaucoup de fans méfiants, persuadés
que le groupe a de nouveau cédé aux intérêts de
l'industrie du spectacle et aux pressions d'une maison de disque qui, par
cette manœuvre, entend bien se dédommager des ventes "modestes"
d'In Utero. Pourtant, comme le prouve l'album "MTV Unplugged In New York"
reprenant le concert du 18 novembre, le format unplugged (acoustique) permet
de découvrir une facette de Nirvana tout à fait excitante, et
en aucun cas insignifiante ou méprisable. Le groupe profite aussi de
l'occasion pour faire une relecture émouvante de certains de ses propres
chansons, avec la collaboration de Smear et de Goldston, et aussi pour rendre
hommage à Meat Puppets (dont deux membres, les frères Curt et
Cris Krikwood, sont présents), à The Vaselines, à Leadbelly
et à David Bowie.
Début janvier, Nirvana achève à Seattle ce qui sera
sa dernière tournée américaine et, un mois plus tard,
part pour Lisbonne pour y donner le premier des concerts européens
de la tournée promotionnelle d'In Utero. Le tour devra pourtant être
interrompu le 1er mars 1994, après un spectacle au Terminal Einz de
Munich, au cours duquel Kurt Cobain perd sa voix. Le médecin lui recommande
du repos et le groupe décide de reporter les concerts en avril. Ce
qu'on ne sait pas, c'est que le public munichois sera le dernier à
voir Cobain, Novoselic et Grohl ensemble sur scène. A partir de cette
date, les événements dramatiques se succèdent à
une allure vertigineuse. Ils aboutiront au suicide tragique du chanteur de
Nirvana : le 4 mars, Courtney Love retrouve son mari inconscient dans une
chambre de l'hôtel Excelsior à Rome, où le couple s'était
donné rendez-vous. Bien que les médias qualifient l'événement
"d'accident" ("la dernière image que j'ai de lui est
celle d'un père qui jouait avec sa fille, pas celle d'un jeune qui
voulait en finir avec la vie", déclare l'un des médecins
qui l'ont accueilli à l'Hôpital Américain), la réalité
est bien différente. Kurt a essayé de mettre fin à ses
jours en ingérant une cinquantaine de somnifères mélangés
avec de l'alcool. Une fois sorti du coma et après trois jours d'hôpital,
il rentre à Seattle. Le 18, le couple a une violente dispute et Love
est obligée d'appeler la police car Cobain, retranché dans une
pièce avec un pistolet, menace de se suicider.
Kurt est dans un état physique et mental déplorable en raison
de sa dépression et de sa toxicomanie, et sa relation avec Courtney
est désormais insoutenable. Le musicien, contrairement à sa
femme, refuse de se soumettre à une cure de désintoxication,
malgré l'ultimatum de Novoselic et de Smear menaçant de dissoudre
Nirvana. Peu après, Cobain entre à l'Exodus Recovery Center
de Marina del Rey, en Californie, pour y être soigné. Mais, au
bout de deux jours, le 1ier avril, il s'en échappe et retourne à
Seattle. Sa mère prévient la police de sa fugue, et Courtney
engage un détective privé pour le retrouver, mais il est déjà
trop tard : le8 avril, Gary Smith, un électricien venu installer un
système de sécurité dans la maison que le musicien possède
à Mardona (Seattle), découvre sur le sol le corps sans vie de
Kurt Cobain. "J'ai d'abord cru que c'était un mannequin mais je
me suis aperçu qu'il avait du sang à l'oreille droite. J'ai
vu une fusil sur sa poitrine, braqué vers son menton", raconte
Smith à la presse. Selon le rapport d'autopsie, Kurt a pris du Valium
et de l'héroïne avant d'appuyer sur la gâchette de l'arme
avec laquelle il a décidé de mettre un triste point final à
ses jours. "Maintenant il est parti et a rejoint ce stupide club. Je
lui avais dit de ne pas chercher à en faire partie", déclare
sa mère, Wendy O'Connor, à l'agence de presse Associated Press,
faisant référence à ce club supposé de jeunes
stars du rock qui, comme Janis Joplin, Jimi Hendrix et Jim Morisson, sont
morts à l'âge de 27 ans. Le cadavre de Kurt Cobain est incinéré
le 10 avril. La suite, Foo Fighters ou Sweet 75, est une autre histoire.